[01] texte d'Anne-Laure

 texte d'Anne-Laure

-Maman, je peux te confier un secret ?
-Bien sûr.
-Un secret vraiment très secret, hein. Tu ne pourras pas le dire à quelqu'un, hein, parce que sinon c'est plus un secret.
-D'accord.

Elle s'essuya les mains et s'assit.

-Je t'écoute.
-Eh ben, tu sais, j'ai une fiancée, moi.
-Vraiment ?
-Oui ! Et tu sais quoi ? Eh ben, elle est suuuuper jolie, elle a de looongs cheveux noirs jusqu'aux coudes, au moins, et puis elle a les yeux un peu bridés comme les Chinois, mais pas trop Chinois quand même parce qu'ils ne sont pas très bridés, juste un peu, tu vois ?
-C'est bien, ça, si elle est jolie.
-Et tu sais, hier, je me suis battu parce qu'il y en avait un autre qui disait que c'était sa fiancée alors que c'était même pas vrai, puisque c'était la mienne. Alors, j'ai fait comme dans les Power Rangers, j'ai fait plam, paf, ziiink ! et après, il est tombé et j'ai gagné. C'est pour ça qu'elle est que ma fiancée à moi. Et elle était drôlement contente, en plus, parce qu'on se battait pour elle, et elle sautait sur place en battant des mains et moi j'étais fier parce que j'avais gagné. Et tu sais quoi ?
-Quoi ?
-Eh ben, on va se marier et on aura huit enfants, parce qu'elle aime bien les enfants, et moi aussi. Et puis, on aura 42 petits-enfants, parce qu'elle voudra être grand-mère de plein de petits-enfants.
La mère du petit garçon sourit tendrement.

Le lendemain, son fils revint vers elle.


-Maman, je peux te dire un secret ?
-Oui.
-Eh ben, c'est plus ma fiancée, celle avec des cheveux noirs. Elle était pas si jolie que ça, en fait, et puis j'aime pas trop les enfants, non plus.
Mais j'ai vu une blonde avec des cheveux jusqu'aux épaules et elle rit tout le temps et tu sais quoi, maman ?
-Quoi ?
-Ben c'est elle, ma fiancée.
# Posté le mercredi 19 septembre 2007 07:49
Modifié le dimanche 09 mars 2008 08:59

[02] texte de Claire

 texte de Claire

Bien sûr que non ce n'était pas fait exprès.
Bien sûr que non ce n'était pas une provocation.
Bien sûr que non ce n'était pas la rebellion de la crise d'adolescence.

C'était un accident. C'est arrivé une fois. Par hasard. Un acte involontaire sans préméditation.
Dans le creux d'un lit, la chaleur d'une bulle de tendresse, ils ont franchi le pas. Elle, elle ne trompait personne. A l'en croire, lui non plus. Elle l'a cru. Parce qu'elle l'a toujours cru. Parce qu'il ne peut pas lui mentir. Plus maintenant. Alors cela n'a pas tant d'importance. Personne d'autre qu'eux deux n'était concerné. Personne n'a souffert, personne n'a été trompé, personne. Et pourtant. On n'a pas réfléchi , c'est sans compter sur, on a oublié de. Ce n'est pas quelque chose dont on se vante. Ce n'est pas quelque chose que l'on crie sur tous les toits. Sans même parler de religion, sans même parler d'adultère, combien sont-ils qui jugent. Combien sont-ils qui parlent, qui disent, qui chuchotent, qui commentent, qui... Combien ? Quelle vulgarité que d'appeler ça ?~un plan cul . Quel affront d'appeler ça ?~une histoire de fesses . Quelle tristesse de réduire ça à un besoin de sexe. ?~Un besoin primaire naturel .

C'est cette pensée insupportable qui lui revient sans arrêt en tête, qui tourne en boucle, qu'elle ressasse, qu'elle ressasse. Pour beaucoup, ce n'est qu'une vulgaire pulsion qui s'est concrétisée. Comment lire la surprise glacée, la déception, peut-être même le mépris ou le dégoût dans les yeux de ceux qui ne comprennent pas ? Pourquoi ressentir la salissure d'un acte sale selon la norme commune ? Où est la normalité?~? Elle a honte. Honte. Honte. HONTE. D'être devenue quelqu'un qui aime le temps d'un soir, qui rejette le matin venu. Est-ce un choix ? Bien sûr que non.
Méprisable solitude. Solitude de quelques matins trop tranquilles où rien n'arrive, de quelques nuits sans Lune et sans étoiles qui guident dans le ciel. La faiblesse de la solitude est immense. On a beau dire qu'être seul, c'est bien, qu'être indépendante, c'est avoir de la fierté, que l'amour-propre est indispensable... toutes ces soirées où le cafard nous rattrape au tournant ne sont pas les plus belles de notre existence. Un film, une aspirine, quelques larmes qui ne veulent jamais pleuvoir le long de nos joues, voilà notre tribut ces soirs-là.

Bien sûr que notre orgueil nous sauve, bien sûr, bien sûr... On recommence, encore, encore. On espère, on attend, on provoque ces moments de joie où pour l'espace d'un instant, on ne se sent plus coupable et on oublie tous ses soucis. Toutes les contraintes du quotidien, toutes les angoisses, les peurs de lendemains toujours seule, toujours plus difficiles, toujours pleins d'embûches. La culpabilité de la rechute ? Oubliée dans ces bras qui savent si bien mentir. Oubliée dans la confiance qu'on met dans l'autre. Oubliée dans la tendresse de cet homme. La culpabilité envers les autres ? Plus rien n'existe quand on donne tout ce qu'on est, en entier, sans tricher, sans parler, sans même dissimuler celui-là, ici, contre soi. Plus rien n'existe, non plus rien, peu importe les autres, les autres on s'en fout... Leurs paroles qu'on ignore.

Plus rien n'est triste, plus rien n'est grave. Si j'ai ton corps comme un torrent de larmes. Si j'ai ton c½ur entre mes mains.

Car au final, pourquoi ? Comment en est-on arrive là?~? Raison simple : deviner. Raison universelle, mille fois nommée, banale et extraordinaire, qui a un nouveau goût à chaque fois, qui blesse, qui console, qui cajole, qui fait hurler, qui fait mal, tellement mal. Belle raison.

Mais méprisable amour.
# Posté le mercredi 19 septembre 2007 07:57
Modifié le dimanche 09 mars 2008 09:00

[03] texte d'Audrey

 texte d'Audrey

17 ans. C'était l'âge de Flore. Une adolescente comme les autres, rebelle à ses heures comme les autres avec ses histoires et ses coups de coeur ... Oui comme les autres. Des amis, des amours, des emmerdes.
Elle avait l'âge "d'entre deux", l'âge d'entre deux mondes, celui de l'adolescence et celui des adultes. Tiraillée entre l'envie de se croire grande et d'être encore choyée par ses proches, elle avait parfois du mal à se trouver. Elle avait des amis proches et un amour qui lui permettait de se sentir épanouie.
Baptiste était le premier avec qui elle partagea le plus de choses. Elle en parlait très souvent et cela faisait 7 mois qu'ils étaient ensembles. Une rencontre impromptue. Comme quoi le hasard faisait parfois bien les choses. Ils se comprennaient et s'aimaient tout simplement.
Le jour de l'anniversaire de Baptiste arriva et c'est ce jour là qu'elle lui offrit ce qu'elle avait de plus intime... Un acte d'amour auquel ils s'étaient préparés tout les deux, un mot d'ordre : la tendresse. Et l'amour évidemment.
Puis les jours passèrent. Ils étaient toujours aussi complices et cet acte les avaient encore plus rapprochés.

4 mois, 3 semaines et 2 jours plus tard ...

Le réveil affichait 1 h 30. Pour la treisième fois en quelques semaines, un cauchemard venait de ressurgir. En sueur et le souffle alletant, Flore abandonna son lit pour se passer de l'eau sur le visage. Ses rêves l'éprouvaient réellement et elle passait ses nuits en coupe.
La solitude, les pleurs d'un bébé, les jours annoncant l'arrivée du printemps, la rupture, des langes et des jouets trainant sur le plancher, la nuit, un cri, le néant...
Flore avait maigri, car elle ne s'alimentait presque plus. Baptiste et elle s'étaient séparés et des rumeurs sur son état de santé avaient circulé. Ce qui lui était arrivé nétait pas annodin. Quelque semaines après l'anniversaire de Baptiste l'inquiétude de Flore s'était fait ressentir. Elle se sentait souvent fatiguée et était agressive avec son entourage, des tentions apparaissaient et la peur remplacerait bientôt l'inquiétude. De plus en plus mal elle décida d'en parler à sa mère, une confidente dans ses grands moments, elle avait la chance de pouvoir se confier à elle. Après discussion et réflexion, Hélène emmena sa fille chez le médecin qui voulu d'abord s'entretenir avec les deux puis seulement avec Flore. Une heure plus tard elle en sortait.
Elle ne s'était pas attendu à cette annonce, plus qu'ébranlée elle rentra chez elle et passa les jours qui suivirent sans parler. Le dimanche suivant un rendez vous l'attendait et elle devait s'y préparer.
Sans vraiment réaliser elle s'y rendit.
Quelque heures plus tard elle se trouvait dans les rues de sa ville natale. A pieds, elle errait le long des vitrines fermées, descendit du trotoir sur lequel elle se trouvait puis s'assit sur le rebord. Le regard dans le vide, elle senti s'épencher en elle un sentiment de dégout qui la fit se courber et se vider du mal qu'elle éprouvait. Assise là, le souffle coupé, elle pleurait en silence. Ses yeux brulants et ses joues innondées, elle ne pouvait plus retenir ce qu'elle avait gardé jusqu'à maintenant. C'était le trop plein d'émotions contraires qui boullonnaient en elle, qui s'écoulait...
Ce qu'elle venait de faire, se le pardonnerait-elle un jour ? Qui pourrait lui pardonner ? Peut-etre que des gens lui en voudraient... Elle savait que les critiques iraient bon train et elle sentit à nouveau le mal qui la rongeait.
Tuer quelqu'un. Ce genre de crime, la loi l'autorisait. Et elle l'avait fait. Elle ne serait pas condamné pour celui là, aussi étrange que cela puisse parraitre. Dans un certain sens cela pouvait etre un cadeau. Oui, Flore venait de faire un cadeau à ce bébé. Elle l'avait envoyé au pays des anges. Un nouvel ange était né, mais pas sur terre... Là haut ils s'occuperaient bien de lui. Mieux qu'ici bas, mieux qu'elle. Flore n'avait que 17 ans.
Seulement 17 ans et elle venait d'avorter.

Certaines personnes trouvent cet acte comdamable. Mais ne pas subvenir aux besoins d'un bébé, ne pas savoir ni pouvoir lui donner tout l'amour dont il a besoin, ne pas etre la constamment pour lui, ne pas l'avoir voulu, ne pas se sentir capable de l'assumer et de l'aimer... Cela ne serait-il pas encore plus grave ?
Flore a fait naître un ange. C'est ce qu'elle aurait pu offrir de plus beau à ce bébé.
La vie fait parfois des coups étranges et ne laisse pas beaucoup de choix. Le sentiment de culpabilité qui habite les " Flore " vaut toutes les peines du monde. Celle de ce sentiment restera indélébile. A jamais elles porteront le deuil d'un enfant qui n'aura pas existé.
Ici l'évidence ne permettait pas le doute.

A tout ceux qui se permettent de juger et de critiquer. A toutes les " Flore " et leur culpabilité.
# Posté le vendredi 21 septembre 2007 07:21
Modifié le samedi 15 mars 2008 08:41

[04] texte d'Hélène

 texte d'Hélène

Je l'aimais, je vous jure que je l'aimais. Plus que tout. On s'était rencontrés à une soirée commune. Dans la soirée, nous avions discuté longuement pour combler l'ennui. Elle m'avait plus dès le premier instant. Ses yeux bleus m'avaient hypnotisé. J'avais pourtant rassemblé assez de courage pour lui demander son numéro de téléphone. Puis, je l'avais recontacté le lendemain pour un premier café. J'insiste sur le premier. Qui dit premier dit suivant, d'autres cafés. Ce jour là, il pleuvait. Nous avions couru pour éviter le déluge et avions trouvé refuge sous un pas de porte. C'est là que nous nous sommes embrassés pour la première fois. Et c'est également là que notre histoire a commencé. Tout s'est enchainé très vite : la présentation officielle aux parents, la demande en mariage, les projets d'avenir, le mariage, les enfants... Nous formions un si beau couple que nos amis en étaient jaloux. Un couple parfait. Jusqu'à ce jour du mois de novembre. Une convoquation dans le bureau du patron. Des bafouillements, des excuses, des " je vous promets, je ne peux pas faire autrement, la boite est en faillite (...) je dois vous licencier (...), je suis vraiment désolé, vous étiez un très bon élément (...)". Puis le cercle infernal. Les petites annonces dans le journal et les refus successifs. Les rendez-vous à l'ANPE sans aboutissement. Le mal qui me rongeait de jour en jour. Qui peut supporter de voir sa femme et ses enfants tristes chaque jour ? J'étais tellement désespéré après un enième entretien raté que je suis entré dans ce bar. Une bière, puis deux, puis trois. Là, assis au comptoir, je déversais ma peine au même rythme que l'alcool, dans mon sang. A partir de là, c'est devenu un rituel, un rendez-vous à ne pas manquer. J'y passait parfois toute l'après-midi à parler avec mes 'compagnons de galère'. Eux aussi étaient au chômage, eux aussi n'avaient pas retrouvé de boulot, eux aussi étaient désespérés. Sans m'en rendre compte, j'étais devenu dépendant de ce nectar et réclamait des doses de plus en plus fortes. Je suis passé rapidement aux whisky et autres scotch. Pour finir dans le ruisseau à la tombée de la nuit, le patron m'encourageant à rentrer chez moi. Elle, ne disait mot. Elle était comme terrée dans son silence, à ne plus bouger. Me regardait lorsque je rentrais ivre mort. Son regard... Il avait tellement changé depuis cette première rencontre. Un soir, elle n'était pas seule à m'attendre. Il y avait aussi des valises. Elle m'a doucement expliqué qu'elle n'en pouvait plus, qu'elle avait déposé les enfants chez ses parents, qu'elle avait besoin de prendre le large quelques temps, pour réfléchir. Je lui ai demandé si elle voyait quelqu'un, elle a paru offusqué. Lorsque ses yeux ont croisé les miens et que j'ai senti cet air de dédain et de pitié sur moi, mon sang n'a fait qu'un tour. Elle n'a pas eu le temps de mettre sa main sur la cliche que je lui ai sauté dessus. Je l'ai empoigné d'une telle force que ses propres gestes pour s'enfuir étaient vains. Je l'ai prise à la gorge, serrant de toutes mes forces. Pour moi, ce n'était qu'un appel au secours. Ne me quitte pas, pas maintenant. Je t'aime tellement. Reste avec moi ! Plus elle se débattait, plus je serrais cette frèle peau sous mes mains. Au bout de quelques minutes, son corps a cessé de bouger et ses yeux étaient révulsés. Son visage reflétait l'horreur du crime que je venais d'accomplir. Je l'avais tué. Oh mon Dieu, j'ai tué ma femme ! Comment expliquer que je ne voulais pas qu'elle parte, qu'elle se dérobe à moi, que le simple fait de savoir que d'autres hommes allaient pouvoir la regarder, la toucher, faire l'amour avec elle me rendait dingue. C'est l'amour qui m'a poussé à faire ça, c'est elle la coupable dans l'histoire. Elle n'aurait jamais dû me quitter. Jamais...
# Posté le vendredi 21 septembre 2007 07:30
Modifié le samedi 15 mars 2008 08:38

[05] texte de Jérémy

 texte de Jérémy

Maman, papa je peux vous confier un secret ?

J'ai un problème, un problème qui ne se résout pas, un problème où votre aide est inutile, puisque le problème c'est moi.

Je sais que vous avez toujours été là pour moi, mais aujourd'hui tout a changé, je ne suis plus le même, je ne suis plus le petit enfant que vous connaissiez.

Il y a une tâche à mon tableau.

Oui, bien sûr je suis toujours votre enfant, qui a réussi ses études grâce à vous, oui je suis l'enfant que tout le monde trouvait souriant, aimable, poli. Mais ce n'est que le côté pile de la pièce, le côté face est beaucoup plus sombre.

Je ne suis pas l'enfant que vous irez conduire à léglise pour le mariage, puisqu'il m'est interdit de me marier, je ne suis pas l'enfant qui vous rendra grands-parents, je ne suis pas l'enfant qui vous annoncera un jour : « c'est un garçon ! », non ce jour la, il n'arrivera jamais.

Puisque que comme disent les autres, je suis différent, je ne suis pas comme tout le monde.

Désolé.
# Posté le vendredi 21 septembre 2007 07:38
Modifié le samedi 15 mars 2008 08:38