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Bien sûr que non ce n'était pas fait exprès.
Bien sûr que non ce n'était pas une provocation.
Bien sûr que non ce n'était pas la rebellion de la crise d'adolescence.
C'était un accident. C'est arrivé une fois. Par hasard. Un acte involontaire sans préméditation.
Dans le creux d'un lit, la chaleur d'une bulle de tendresse, ils ont franchi le pas. Elle, elle ne trompait personne. A l'en croire, lui non plus. Elle l'a cru. Parce qu'elle l'a toujours cru. Parce qu'il ne peut pas lui mentir. Plus maintenant. Alors cela n'a pas tant d'importance. Personne d'autre qu'eux deux n'était concerné. Personne n'a souffert, personne n'a été trompé, personne. Et pourtant. On n'a pas réfléchi , c'est sans compter sur, on a oublié de. Ce n'est pas quelque chose dont on se vante. Ce n'est pas quelque chose que l'on crie sur tous les toits. Sans même parler de religion, sans même parler d'adultère, combien sont-ils qui jugent. Combien sont-ils qui parlent, qui disent, qui chuchotent, qui commentent, qui... Combien ? Quelle vulgarité que d'appeler ça ?~un plan cul . Quel affront d'appeler ça ?~une histoire de fesses . Quelle tristesse de réduire ça à un besoin de sexe. ?~Un besoin primaire naturel .
C'est cette pensée insupportable qui lui revient sans arrêt en tête, qui tourne en boucle, qu'elle ressasse, qu'elle ressasse. Pour beaucoup, ce n'est qu'une vulgaire pulsion qui s'est concrétisée. Comment lire la surprise glacée, la déception, peut-être même le mépris ou le dégoût dans les yeux de ceux qui ne comprennent pas ? Pourquoi ressentir la salissure d'un acte sale selon la norme commune ? Où est la normalité?~? Elle a honte. Honte. Honte. HONTE. D'être devenue quelqu'un qui aime le temps d'un soir, qui rejette le matin venu. Est-ce un choix ? Bien sûr que non.
Méprisable solitude. Solitude de quelques matins trop tranquilles où rien n'arrive, de quelques nuits sans Lune et sans étoiles qui guident dans le ciel. La faiblesse de la solitude est immense. On a beau dire qu'être seul, c'est bien, qu'être indépendante, c'est avoir de la fierté, que l'amour-propre est indispensable... toutes ces soirées où le cafard nous rattrape au tournant ne sont pas les plus belles de notre existence. Un film, une aspirine, quelques larmes qui ne veulent jamais pleuvoir le long de nos joues, voilà notre tribut ces soirs-là.
Bien sûr que notre orgueil nous sauve, bien sûr, bien sûr... On recommence, encore, encore. On espère, on attend, on provoque ces moments de joie où pour l'espace d'un instant, on ne se sent plus coupable et on oublie tous ses soucis. Toutes les contraintes du quotidien, toutes les angoisses, les peurs de lendemains toujours seule, toujours plus difficiles, toujours pleins d'embûches. La culpabilité de la rechute ? Oubliée dans ces bras qui savent si bien mentir. Oubliée dans la confiance qu'on met dans l'autre. Oubliée dans la tendresse de cet homme. La culpabilité envers les autres ? Plus rien n'existe quand on donne tout ce qu'on est, en entier, sans tricher, sans parler, sans même dissimuler celui-là, ici, contre soi. Plus rien n'existe, non plus rien, peu importe les autres, les autres on s'en fout... Leurs paroles qu'on ignore.
Plus rien n'est triste, plus rien n'est grave. Si j'ai ton corps comme un torrent de larmes. Si j'ai ton c½ur entre mes mains.
Car au final, pourquoi ? Comment en est-on arrive là?~? Raison simple : deviner. Raison universelle, mille fois nommée, banale et extraordinaire, qui a un nouveau goût à chaque fois, qui blesse, qui console, qui cajole, qui fait hurler, qui fait mal, tellement mal. Belle raison.
Mais méprisable amour.